La Société Psychanalytique de Tours
organise une journée de rencontre autour d’Eric Marty à propos de son dernier ouvrage
Le sexe des Modernes – Pensée du Neutre et théorie du genre
Mairie de Tours – salle Anatole France B
Le samedi 28 mai de 10 heures à 18 heures


 


Éric Marty dans son dernier opus, Le sexe des Modernes – Pensée du Neutre et théorie du genre, publié en mars 2021, nous convoque à une enquête minutieuse. Si auparavant, son souci a été de repérer les enjeux de la pensée au début du XXème siècle, notamment ceux des apports de la psychanalyse dont la théorie des pulsions aura auguré des ravages de la plus tragique barbarie en Europe1, cette fois, c’est au gré d’un itinéraire dont l’éclairage se tourne vers la fin du siècle, qu’Eric Marty énonce l’histoire de l’émergence d’un signifiant nouveau, porteur d’un questionnement épistémologique pour la pensée à venir, celui de genre. Retraçant les fondements de la pensée du Neutre, il montre comment les penseurs - principalement français, Deleuze, Barthes, Derrida et Foucault, ou encore Lacan, certes à part, mais considéré comme le maître du jeu autour de ces questions du genre – comment ces penseurs européens donc, sont à la fois raillés comme « romantiques » du côté américain et néanmoins récupérés et orientés vers une « théorie du genre » (gender studies), portée par celle qui en sera désignée comme la Reine : la philosophe américaine Judith Butler.


Les questions qui jalonnent l’ouvrage constituent une archéologie intellectuelle, celle de la constitution d’un « savoir », afin de mieux discerner comment celui-ci s’établit nécessairement par la déconstruction des concepts dont il hérite. Mais, alors que l’intérêt et la vitalité d’une pensée proviennent sans nul doute de sa capacité à faire « novation » par effets de ruptures ou d’opposition, la théorie du genre paraît être plutôt une pensée de la prolifération où les concepts ne sont plus considérés pour la valeur de coupure qu’ils initient au sein d’une épistémè, mais comme un spectre illimité de nominations, d’emprunts tronqués, une dynamique prolifératrice, euphorique, du signifiant gender. C’est alors seulement à partir de ce signifiant genre, se substituant à celui de sexe, que pourrait se penser une positivité du performatif afin que se dérèglent les injonctions à la norme issues d’un sociologisme inflexible. En cela, il semble que l’on puisse faire un parallèle entre les processus de la pensée de Butler, et ce que voudrait soulever les gender à partir du terrain des pratiques sexuelles, à savoir la prolifération infinie des possibilités de genres, de leurs combinatoires.


Dans ce jeu intellectuel qui trouble, c’est-à-dire qui fait et défait le savoir et ses concepts, tout autant que le genre, qu’advient-il alors de la question du sujet et de celle de sa souveraineté lorsque celui ci se démet de la loi de la différence des sexes ?  Et finalement, n’est-ce pas aux abords de ces interrogations vertigineuses autour de la subjectivité, que la psychanalyse est, elle aussi, interpellée à la responsabilité éthique d’enfin « prendre place dans ce trouble2  » qui « mérite égards et patience3  » ?


 


Catherine Kauffmann.


1 Voir Eric Marty, Pourquoi le XXème siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?, Éditions du Seuil, mars 2011.
2 Allusion aux propos d’Éric Marty dans Le sexe des Modernes – Pensée du Neutre et théorie du genre, Editions du seuil, mars 2021, p. 24, lorsqu’il cite Lacan dans L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud : « ‘’C’est qu’à une vérité nouvelle, on ne peut se contenter de faire sa place, car c’est de prendre notre place en elle qu’il s’agit’’ ». E. Marty ajoute : « Si Lacan et Barthes ont fait sa place à la notion de genre, à l’évidence ils n’ont pas pris place en elle. »
3 Allusion à l’épigraphe de Le sexe des Modernes – Pensée du Neutre et théorie du genre : « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. » René Char.