Appel pour une assemblée constituante pouvant penser les questions actuelles relatives au bien-fondé d'une institution psychanalytique soucieuse de ses liens avec le social et le politique



La question de la spécificité et de la validité de la psychanalyse comme du rôle de ses institutions n’est pas nouvelle et cela, même si elle revêt de nos jours un caractère particulier. Elle reste depuis sa création sujet de controverse. Des livres brûlés du totalitarisme aux livres noirs d’aujourd’hui, ou autres tentatives plus pernicieuses d’enfermement du sujet dans une grille normative, une telle prise de position à son égard peut être lue comme étroitement liée à son objet : l’inconscient.

Peut-être alors faudrait-il en re-penser l’urgence, problématiser son rôle présent et à venir en lien direct avec l’évolution du social et du politique ?

En effet, si la psychanalyse fut une réponse à un certain contexte social dans lequel elle est née, comme d’ailleurs en témoigne la correspondance intégrale de Freud à Fliess, à quoi, de nos jours, serait-elle susceptible de répondre ou à quoi continue-t-elle de répondre de manière spécifique ?

Comment reste-t-elle cette « trouvaille » sans cesse remaniée par son inventeur et par ceux après lui afin qu’elle reste, comme elle le fut toujours, ce lieu de la résistance à l’oppression et à l’aliénation, ce lieu du désir et de ses redéfinitions indispensables, voire ce lieu de subversion et de révolte ?

Si sa pratique semble immuable, comment restera-t-elle spécifique et vivante si, comme on peut le constater, les institutions qui la représentent deviennent des temples où la conservation de la théorie et de l’héritage prend le pas sur les indispensables remaniements d’une métapsychologie toujours à re-penser dans le contexte historique, comme d’ailleurs le fit Lacan dans son retour à Freud ?

Car il semble qu’une certaine psychanalyse persiste à se positionner comme si rien ne devait changer, comme si elle voulait ignorer ce que chacun sait : la société d’aujourd’hui n’est aucunement coupée des souffrances qui viennent s’exprimer sur le divan, bien au contraire puisque c’est elle essentiellement qui les fait naître par la modification perpétuelle de ses figures et de ses formulations. Comment pourrait-on aujourd’hui se contenter d’en faire la lecture au travers d’une grille qui méconnaît le contemporain, l’actuel et sa temporalité en se référençant à des conceptions qui font de la théorie une catéchèse dont il paraît bien difficile de s’écarter ?

Comment garantir aujourd’hui l’invention d’un lien vivant entre le souci constant de préserver l’héritage d’une pensée par le biais des transferts individuels et l’expérience susceptible de remettre ce savoir en question, condition nécessaire pour écarter le risque d’imprégner un modèle dans la direction de la cure ? Les rapports figés du sujet au fantasme et à l’objet du désir, quand ce n’est pas l’enlisement d’un conflit de génération en génération, sont dès lors exposés à se transmettre comme tels.

Comment préserver aujourd’hui la vitalité du lien entre l’espace privé de la cure dans lequel se noue le transfert et l’espace public dans lequel la psychanalyse manifeste ou argumente sa théorie en rapport au social et au politique ? Force est de constater que ces deux modes d’existence de la psychanalyse sont aujourd’hui clivés et que ce clivage vient rendre compte de la difficulté du lien social entre psychanalystes ou de l’impossible pensée d’une impossible communauté de pensée.

Si, et comme nous l’avons dit, les institutions analytiques reflètent l’espace public et donc politique de la psychanalyse par le développement de sa théorie tout en rendant compte de sa pratique, nous pouvons légitimement nous demander pourquoi ces mêmes institutions entretiennent à dessein la relation « maître/élève » sans promouvoir une authentique vie démocratique en leur sein ? Peut-être leur serait-il profitable de revenir aux sources de l’invention démocratique là où démocratie et tragédie ont été mariées à Athènes sous Périclès et sous Sophocle et peut-être alors ces institutions pourraient-elles penser une société, soit ses solidarités, ses espérances, ses confiances, ses transmissions, ses mémoires, ses imaginaires dans un au-delà de la fraternité ? Peut-être alors pourraient-elles sortir de leur impuissance à inventer une alternative dans la crise très politique qui les traverse toutes ?

La Société Psychanalytique de Tours est issue d’un mouvement de pensée, né en 1970 avec Confrontations, suivi du Collège des psychanalystes en 1980 puis de la tenue des États Généraux de la Psychanalyse en 2000, véritable mouvement de pensée dont on ne peut que regretter qu’il n’ait pu jusqu’à ce jour se constituer en alternative ou constituer une alternative aux sempiternelles guerres intestines que se livrent les institutions analytiques entre elles. Le temps est peut-être venu de penser l’avenir d’un tel mouvement afin qu’il constitue sa propre visée en affirmant sa propre politique au-delà des clivages traditionnels. C’est dans cette perspective que la Société Psychanalytique de Tours en appelle aujourd’hui à la formation d’une assemblée constituante dont l’objet serait de penser l’institution psychanalytique de demain, ses enjeux pour elle-même et pour la culture, celle qui préserverait l’héritage sans se replier sur elle-même, celle qui tenterait de faire vivre la psychanalyse au-delà des dogmes et du religieux, au-delà des souverainetés institutionnellement installées car comme l’écrivait Bataille « il n’est pas sûr qu’il suffise de lutter contre l’ordre totalitaire, si l’on veut que la pensée ne soit ni inclinée, ni subordonnée, ni assujettie ».

Psychanalystes, encore un effort si vous voulez être républicains !!


La Société Psychanalytique de Tours

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