La Société Psychanalytique de Tours

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Activités › Journées de Tours

JOURNEES DE TOURS 2010 - 20 & 21 Novembre

La psychanalyse sans alibi

JOURNEES DE TOURS 2009 - 21 & 22 Novembre

De l'hospitalité

L’hospitalité, qu’elle soit donnée ou reçue, suppose un lieu. Lieu de l’hôte, lieu de l’autre, lieu sacré au lieu de l’Autre toujours en défaut, toujours marqué du défaut, d’une certaine absence (personne n’est là pour répondre d’autrui, ni de moi-même, mais, l’un comme l’autre, nous nous fondons dans ce rapport au tiers que constitue le langage). Est-ce à partir de cette absence, de ce « silence » que s’accomplit l’accueil hospitalier ? En serait-ce la condition, intime, voire secrète, celle d’une certaine intériorité, d’une certaine intimité que Levinas rassemblera sous l’effigie du féminin, de la Femme, condition du recueillement, de la Maison et de l’habitation ? Si l’hospitalité se « donne », elle se reçoit en se donnant, on ne peut véritablement l’habiter qu’à être habité par elle, qu’à se convaincre d’être « chez soi » chez l’autre, toujours étranger en soi-même. Ainsi, comme l’écrit Derrida1, l’invitant devient-il l’invité de l’invité, l’hôte devient-il l’hôte de l’hôte, l’un et l’autre étant alors dans un rapport paradoxal et complexe d’appropriation et d’expropriation, dans un rapport d’altération réciproque dans lequel chacun serait tout à la fois hôte et otage de l’autre. Telle serait peut-être la condition de l’aporie désignée sous le vocable d’ « l’hospitalité inconditionnelle », condition plus langagière que légalement instituée, l’hospitalité, par l’altération qu’elle provoque dans les rapports entre les hôtes, marquant de fait, un certain rapport à la langue, soulignant un fait de langue tenant lieu du symbolique et de la division du sujet. « Si on peut se sentir chez soi dans la langue et se considérer (en même temps) l’hôte de la langue, c’est qu’il y a une division essentielle à la démocratie comme il y a une division essentielle du sujet.2 » Si la langue fait lieu, c’est qu’elle est d’abord la langue de l’autre au sein de laquelle chacun s’approprie sa propre grammaire pour échapper à l’emprise de son « origine ». « L’hospitalité de la langue s’étend à la mort qui dénombre nos mots » disait alors Jabès3. La langue comme l’hospitalité, peut-être n’existeraient-elles vivantes, que véritablement déliées, déliées de l’illusion du « propre », du « religieux », de « l’unique », d’une langue « une », d’une « inconditionnalité » sans conditions préalables à la structure qui en accueillerait la possibilité même, que celles-ci soient politiques ou délimitant  la souveraineté absolue d’une position subjective ?

« L’obsession » de « l’hospitalité inconditionnelle » vient donc hanter naturellement le discours et la pratique analytique et ce depuis que Freud est venu démontrer que l’inconscient est la demeure de l’esprit. Si l’inconscient est l’ombre de la conscience, sa nuit, comme aurait pu le dire Nietzsche, il offre à penser comme l’hospitalité, ce rapport ambivalent au lieu, d’un lieu n’appartenant ni à l’invitant, ni à l’invité, mais au geste, au mouvement par lequel l’un donne accueil à l’autre. « Où ? » serait donc la question première, celle par laquelle le sujet advient4. Elle conforterait la proposition lacanienne définissant la position de l’analyste en lui faisant partager quelque chose de sa position avec la position féminine.

1. Jacques Derrida, De l’hospitalité, Calmann-Lévy, 1997.
2. René Major, Je veux être chez moi, in La démocratie en cruauté, Galillée, 2003.
3. E. Jabès, Le livre de l’hospitalité, Gallimard,1991.
4. Voir à ce sujet, Anne Dufourmantelle, De l’hospitalité, op. cit.

Liste des intervenants:

  • Laurent LEMOINE, prêtre, exerçant la psychanalyse à Paris, rédacteur en chef de la revue d'Ethique et de Théologie Morale éditée par Le Cerf.
"L'hospitalité de l'analyste : s'il n'y a d'Autre de l'Autre, peut-il exister l'hôte de l'hôte ?"
  • Marie GAILLE, Philosophe, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société), CNRS-université de Paris Descartes.
"La condition de sans-patrie"
  • Anne DUFOURMANTELLE, docteur en philosophie exerçant la psychanalyse, dirige la collection «L’autre pensée» chez Stock.
"L'hospitalité, entre compassion et violence"
  • Jean COOREN, médecin psychiatre, exerçant la psychanalyse à Lille.
"Quand il n'y a plus de lieu où l'autre peut s'inviter" (à propos du drame palestinien)
  • Pascal SANSON, professeur en sémiotique de l'architecture à l'université de Tours répondra à Albert LEVY, architecte urbaniste, chercheur au CNRS, IFU à l'université de Paris 8, sur le thème de : L'accueil de l'autre : hospitalité et espace public

Renseignements et inscriptions au secrétariat :  06 32 96 47 66.
[journeesdetours@free.fr|mailto:journeesdetours@free.fr|fr]
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En annexes vous trouverez :
le programme des Journées de Tours 2009
le coupon d'inscription aux Journées de Tours 2009
la maquette des Journées de Tours (intérieure et extérieure).



JOURNEES DE TOURS 2008 - 15 & 16 Novembre

Plus de SECRET Plus de VERITE

Secret et vérité sont deux mots, apparemment, qui s’appellent et se convoquent l’un l’autre en semblant s’opposer voire se contredire. « Dire toute la vérité » serait parler sans secrets, mais « tenir au secret » serait laisser dans l’ombre une vérité non encore mise à nue. Il existerait ainsi une vérité secrète comme, croit-on, un secret de la vérité, secret et vérité reflétant l’un et l’autre ,respectivement, leur face cachée. La question qui nous intéresse ici est de nature plus paradoxale, au-delà en quelque sorte de l’idée reçue, celle que la vérité serait affectée d’un secret ou d’avance comprise par cette conception du langage qui cherche toujours à l’arracher à sa nuit. La vérité pourrait-elle se dire « toute » et le secret pourrait-il céder simplement par l’aveu ou la confession ? Gagnerait-on Plus en vérité en levant un secret ? Le Plus de vérité amoindrirait-t-il l’intensité du secret ? Vérité et secret ne seraient-ils pas convoqués tous les deux à la même impossibilité à dire ?

« Plus de secret Plus de vérité », tel sera notre titre, inspiré il est vrai, du « plus de secret, plus de secret » de Derrida. Dans notre titre, secret et vérité se redoublent ou se dédoublent en se faisant face à une lettre près, suivant la façon ou la manière de dire ou de faire entendre le s de plus. En quoi, cette question de la lettre, ici en plus ou en moins dans ce qui se prononcerait, vient-elle rencontrer les préoccupations de la psychanalyse en croisant celles de la littérature ?

Lacan, dans son séminaire sur la lettre volée ( purloined letter) nous avait déjà invités à ce rapprochement (entre psychanalyse et littérature) en nous commentant le texte de Poe. L’illustration littéraire qui servait de base à sa démonstration avait pour but de démontrer « que la vérité habite la fiction » comme le maître habite la maison. « C’est cette vérité, qui rend possible l’existence de la fiction ». Ce que nous offrirait l’exercice littéraire, c’est un message codé, à déchiffrer comme un secret.

C’est peut-être par ce rapprochement que le lien entre littérature et psychanalyse serait le plus prégnant par la possible expression d’une lettre restée en souffrance. Elles offriraient à ceux qui s’y exposent le pouvoir de « tout dire » en croyant ne rien dissimuler comme celui de « tout cacher » en s’astreignant à dire « tout ce qui vient à l’esprit ». Manque à savoir ou savoir partiel sont ici à l’œuvre comme le pointait déjà Spinoza, le rapport entre secret et vérité ne pouvant s’interroger qu’au plus juste du rapport, rapport à soi, à l’autre, à l’Autre, en soi ou hors de soi, rapports dans lesquels la question du transfert sera bien évidemment à interroger.

Enfin, nous ne saurions aborder les questions que soulève le rapport paradoxal qu’entretiennent secret et vérité sans souligner les liens étroits qu’ils tissent a contrario du discours ambiant affichant les impératifs de la transparence de la communication ( le parler vrai) et la valorisation du quantitatif. Ces impératifs d’une culture de masse tentent en effet d’assujettir l’espace privé à l’obligation devenue publique de tout dire, de tout montrer, de montrer le tout du sujet conçu comme un tout et comme résultat d’une sommation. Cet enfermement du sujet parlant et désirant est alors produit par une logique totalitaire du discours public, intériorisant plus que jamais une nouvelle forme de terrorisme immanent dans une sphère qui n’a plus de « privée » que le nom. Quelle place alors pourrait prendre l’exercice d’une psychanalyse qui comme la littérature cultiverait la nécessité paradoxale d’un « plus de secret plus de vérité » dans le lien que secret et vérité ont au sacré, ou pour mieux le dire au Saint ( le séparé-proche), étant résolument étrangers par le discours et par l’écriture à l’ordre d’une contrainte qui exclut systématiquement le refoulé, le dénié ou le forclos ?

LISTE DES INTERVENANTS

  • Sophie WAHNICH, historienne, spécialiste de la Révolution française, chercheur au CNRS, Laios, Paris.

« XVIIIe siècle et Révolution française, le rêve d’une politique de la vérité. »

  • Anne DUFOURMANTELLE, docteur en philosophie, exerçant la psychanalyse, dirige la collection « l’autre pensée » chez Stock.

« Espace psychique et vérité, que pouvons-nous ( en ) supporter ? »

  • Francis CAPRON, exerçant la psychanalyse, Président de la société psychanalytique de Tours.

« Mélancolie et mémoire : l’objet secret d’une survivance »

  • Raphaël DRAÏ, Professeur à la faculté de droit et de sciences politiques d’Aix en Provence, Directeur de recherche de l’école doctorale de Psychanalyse ( Paris VII)

« Le secret du secret : approches juridiques, théologiques et psychanalytiques. »

  • Alain MADELEINE-PERDRILLAT, responsable du département des manifestations scientifiques et de l’édition à l’Institut National d’Histoire de l’Art.

Peut-on parler de vérité en Art ?

Les actes des Journées de Tours 2008 ainsi que le DVD sont disponibles (voir la rubrique publications).

JOURNÉES DE TOURS 2007 - 17 & 18 novembre

Le Primat du Phallus dans son rapport à la tradition philosophique

Dans ses développements théoriques et cliniques sur la question de la différence des sexes, la psychanalyse rend visible « une énorme et vieille racine » de la tradition philosophique désignée communément par primat du phallus. Dès l’introduction de l’article de Freud consacré aux théories sexuelles infantiles, l’avertissement sonne de manière évidente : « … les informations dont l’auteur va faire état portent principalement sur un seul sexe, à savoir le sexe masculin … », tout comme il sera par ailleurs affirmé dans les écrits freudiens que « la libido est régulièrement de nature masculine ». Lacan, quant à lui, ne pourra faire autrement dans son retour à Freud, en introduisant dans le séminaire sur la lettre volée le concept de « castration-vérité » et de la « castration comme vérité », comme signifié — premier et dernier — d’un signifiant transcendantal nommé le phallus. Ainsi ne vient-il nullement contredire les affirmations premières de Freud. Il y fera même référence explicitement : « Rappelons où Freud le déroule (le nœud de la division du sujet) : sur ce manque du pénis de la mère où se révèle la nature du phallus. »

Dans son commentaire de ce séminaire de Lacan, Derrida aborde de manière très générale la question du primat du phallus : « On pourrait être tenté de dire : Freud, comme ceux qui le suivent, ne fait que décrire la nécessité du phallogocentrisme, expliquer ses effets aussi évidents que massifs. Le phallogocentrisme n’est ni un accident ni une faute spéculative … c’est une énorme et vieille racine dont il faut aussi rendre compte. » Comment en rendons-nous compte quand cette spéculation descriptive devient « partie prenante » dans la pratique et lorsque cette pratique institue la tradition de sa vérité ? Ceci pourrait être notre première question.

Derrida reprendra cette question par une lecture des textes de Levinas auxquels il consacre de nombreux commentaires. Il y explique et développe cette « logique illogique » du primat du phallus, ayant pour conséquence une « secondarité » du féminin qui, en elle-même, viendrait hanter l’altérité du « tout autre » (sexuellement non marquée) depuis son retranchement, inscrivant en lui une altérité supplémentaire à la fois excessive et absolue. Cette innommable singularité « aura obligé » l’inscription de la féminité comme seconde. La notion du féminin, chez Levinas, ne se réfère pas, en effet, à l’inconnaissable, mais à un mode qui consiste à se dérober à la lumière, une fuite devant la lumière, une façon d’exister qui est de se cacher comme dans le sentiment éprouvé de la pudeur. « Tout comme pour la mort, ce n’est pas à un existant que nous avons à faire, mais à l’événement de l’altérité, à l’aliénation »

La suite de notre recherche concernera donc cette question et nous tenterons de voir en quoi cette approche de la sexualité chez Levinas pourrait se rapprocher par certains aspects de la démarche analytique : c’est le cas lorsque Lacan tente de fonder le primat du phallus dans un temps logique, à un niveau qui ne serait pas encore sexuel, dans un rapport neutre du sujet au signifiant. Le primat du phallus, en se conformant dans ces descriptions à la tradition, ferait apparaître une donnée qui reste normalement cachée, un secret bien gardé par la pensée métaphysique, une altérité méconnue et enfermée, non dite, dans une logique de la crypte, de l’incorporation freudienne que Derrida a largement développée. Comme l’écrit Michael Turnheim : « s’il y a méconnaissance de l’altérité, le dire du tout autre se trouve, malgré lui, du côté du même, mais d’un même dont nous savons maintenant qu’il est habité par une crypte, c’est-à-dire par une inclusion non avouée, clandestine » ou comme le dit Derrida : « Comment marquer au masculin cela même qu’on dit antérieur ou encore étranger à la différence sexuelle » ?

Nous tenterons tout au long de ces journées de saisir les effets d’un tel questionnement, aussi bien au niveau théorique que clinique.

LISTE DES INTERVENANTS

  • Michael TURNHEIM : Exerçant la Psychanalyse à Paris, médecin Psychiatre.

« Phallus-mort-travail »

  • Stéphane HABIB : Exerçant la Psychanalyse à Paris, membre de l’école de Psychanalyse des forums du Champ Lacanien, Docteur en Philosophie.

« La chance d’une rencontre manquée : Lacan Levinas et inversement »

  • Joseph COHEN : Docteur en Philosophie, Professeur Invité de Philosophie et d’Esthétique à l’Université de Karlsruhe (Allemagne), Directeur de programme au Collège International de Philosophie (Paris).

« Histoire philosophique d’une coupure phallo-logo-centrisme et circoncision »

  • Jacqueline ROUSSEAU-DUJARDIN : Exerçant la Psychanalyse à Paris, membre de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, médecin Psychiatre.

« Freud et la sexualité féminine : intention et tradition »

  • Françoise GOROG : Exerçant la Psychanalyse à Paris, Chef de service à l’hôpital Ste Anne.

« Le primat du phallus et ses avatars chez Lacan »

Les actes des Journées de Tours 2007 ainsi que le DVD sont disponibles (voir la rubrique publications)

QUESTIONS

À propos des journées de Tours 2007 sur le primat du phallus dans son rapport à la tradition philosophique (Argument ci-dessous)

  1. Le phallus, signifiant de la différence avant qu’il y ait de la différence sexuelle
  2. La rencontre manquée Lacan Levinas
  3. L’Autre n’est pas une personne mais un lieu, qui plus est vide et le sujet est un pur effet de signifiant.

Le premier point m’a permis de revisiter ce que je croyais savoir du phallus. Histoire rivée au départ à des considérations anatomiques 1 : sur le plan clinique c’est l’observation de l’absence de pénis qui déclenche la pensée de la différence, sexuelle au départ, puis de toute différence. On passe alors du phallus imaginaire réductible à une forme prégnante, au phallus symbolique, objet détachable du corps, amovible et échangeable avec d’autres. Dans cette perspective, les objets perdus ( le sein , les fèces) prennent aussi valeur de phallus imaginaire et le phallus symbolique s’exclut de cette série pour en devenir l’étalon ( cf J D Nasio ) L’approche langagière de la signification du phallus en fait un signifiant sans signifié, ou plus exactement un signifiant dont le signifié correspondant ne peut être désigné que par la négative : il ne se dégage que comme ce qu’il n’est pas . Ou bien encore pour suppléer à ce qui n’est pas. Du coup, la proposition précédente, soutenue également par Françoise Heritier que : « la première différence, paradigme de toutes les différences c’est la différence sexuelle », ne paraît plus si assurée. Il devient alors probable qu’avant la découverte du pénis interviennent d’autres perceptions de la différence, comme la négativité, la présence et l’absence, la satiété et le manque. Même si dans l’après-coup, le primat du phallus recouvre ces expériences. Cela renouvelle aussi les descriptions kleiniennes de phallus présent dans le corps maternel avant l’apparition du complexe d’œdipe. L’idée de faire du phallus un concept issu du langage, du langage en tant que mise en acte de la parole, a également l’intérêt de pouvoir articuler le phallus et la mort ; le mot, c’est le meurtre de la chose. Le phallus c’est aussi la coupure avec l’autre, le non-rapport. Nous voilà près de la deuxième question, la rencontre Lacan Levinas.

Le deuxième point, la rencontre manquée entre Lacan et Levinas s’articule autour de « l’Autre ». L’approche de Levinas à partir de « totalité et infini » montre que dès que je parle, je fais totalité, vision du monde et rate par la même l’altérité. La distinction par Levinas du DIT et du DIRE recouvre étonnamment celle de Lacan entre le sujet de l’énonciation et le sujet de l’énoncé :

Lacan :

Qu’on dise, reste oublié, derrière ce qu’on dit dans ce qu’on entend

Levinas :

Il n’y a d’être que dans le dit
Il n’y a de dit que l’être
Le dire « existe » au dit, à l’ontologie, c’est un autrement qu’être

Ainsi chez Lacan comme chez Levinas l’autre pour garder son altérité ( le tout autre) nécessite pour être pensé d’être évidé. Lacan en fait un lieu alors que pour Levinas, l’Autre, l’autrement qu’être, est un au-delà de l’être marqué par la transcendance :

L’autrement qu’être s’énonce dans un dire qui doit aussi se dédire pour arracher l’autrement qu’être au dit où l’autrement qu’être se met déjà à ne signifier qu’un être autrement

L’autrement qu’être concerne aussi bien le sujet que l’autre, tous les deux aussi insaisissables, oscillant sans cesse du dire au dit. On ne trouve pas chez Levinas d’équivalent conceptuel du phallus, mais ne pourrait-on pas dire qu’il est ce qui supplée à cette insaisissabilité de l’un à l’autre ? Nous retrouvons notre troisième point, pourquoi faire de l’autre un lieu et du sujet un pur effet de signifiant ? Si l’un comme l’autre ne se laisse pas dire, ni même écrire dans un mathème (l’autre, c’est l’expérience de l’inexpérience), ne signifie pas qu’ils soient un ensemble vide. Par contre rien ne s’oppose à concevoir le phallus comme un simple opérateur contingent, l’élément neutre des mathématiques.

Alain Paulay : a.paulay@wanadoo.fr

JOURNÉES DE TOURS 2006 - 18 & 19 novembre

"LA FOI EXPECTANTE"

Cette expression freudienne "gläubigen Erwartung" inscrite dans l’article de 1905 De la psychothérapie n’est pas sans ambiguïtés. Mise entre guillemets dans le texte original, elle semble suspendue à une difficulté et peut-être une impossibilité de traduction. L’expression "foi expectante", retenue dans la traduction française, semble une équivoque qui permet à Sarah Kofman de questionner la pratique psychanalytique comme pouvant être une forme moderne du mysticisme. Si "die Erwartung" signifie bien "l’attente", "l’espérance" ou "l’expectative", l’emploi de "Glauben" sous sa forme adjectivée (gläubigen) ne semble pas permettre de traduire littéralement l’expression "gläubigen Erwartung" par "foi expectante". Freud en parle à propos de la suggestion utilisée par les méthodes médicales primitives : « … on commençait par mettre le malade en état de foi expectante … ». Il ne serait donc pas question ici de foi, mais de croyance, d’une « attente crédule », d’une « expectative croyante », disposition psychique caractérisant celle du patient faisant sa demande et à laquelle, comme le souligne Freud, il n’a nulle intention de renoncer.

Freud affirme, dans le même article, que la psychanalyse, loin de répondre à une telle demande, se propose de la régler, de la contrôler en y introduisant davantage de rationalité et d’efficacité. S’il ne rejette pas la psychothérapie, s’il affirme même au passage que nous en « faisons usage sans le vouloir », il montre d’ores et déjà la différence radicale qui sépare la psychothérapie de l’exercice de la psychanalyse. Peut-on dire, comme l’argumentera Lacan, dans son Discours aux catholiques, que Freud se conduit alors comme "un grossier matérialiste" ? À la "croyance crédule" ou "expectante", le maître de Vienne répond par le savoir de la science, de sa nouvelle science qui raisonnablement viendra prendre la relève du leurre "de la course des lévriers". Le transfert, cette "matière explosive", prendra la relève de la suggestion et de l’influence qu’elle continue d’avoir dans les psychothérapies. L’analyste, tel un chimiste, se verra confier le soin d’en entendre les résonances, d’en constater et d’interpréter ses manifestations, d’en être le destinataire sans en répondre personnellement. Ainsi serait née l’exigence de l’analyse de l’analyste. Ainsi, à la tentation de la "croyance", Freud répond par la tentation du savoir. Freud croit au savoir, donne crédit au savoir, à un savoir qui dans sa fiabilité ne se distingue guère plus d’un acte de foi. Derrida n’écrira-t-il pas que le recours au savoir est la tentation même … en un sens un peu plus singulier que celle du péché originel :

La tentation de savoir, la tentation du savoir, c’est croire savoir non seulement ce que l’on sait (ce qui ne serait pas trop grave), mais ce qu’est le savoir, et qu’il s’est affranchi, structurellement, du croire ou de la foi.

La psychanalyse serait-elle alors "la réponse" à cette demande quasi religieuse, à cette "attente croyante" du patient ? Si oui, comment y répond-elle ? En quels termes responsables ? Au nom de quelle vérité ? Au nom de quelle raison-vérité ? Nous pourrions donc nous interroger pour savoir comment, dans un premier temps, la psychanalyse s’oppose au religieux ou à la religion, et surtout à la religiosité, ne serait-ce que par sa filiation aux Lumières, et comment dans un second temps – celui-ci raisonné – elle semble spontanément composer avec le religieux; religion et raison ayant la même source. À moins, bien sûr, que la psychanalyse ne veuille répondre devant personne, ni même devant la raison psychanalytique, des actes qu’elle pose ? Se dire psychanalyste se soutiendrait alors uniquement de l’aporie de son exercice : dans ce cas alors, et seulement dans ce cas, l’expression freudienne "gläubigen Erwartung" resterait intraduisible, resterait elle-même en attente, dans "l’expectative".

LISTE DES INTERVENANTS

  • Jean COOREN : exerçant la psychanalyse à Lille :

« A propos du transfert et de cette foi qui en soutient l’écriture »

  • Anne BOURGAIN : Maître de conférence des Universités, exerçant la psychanalyse à Amiens,

« Il était une fois la langue »

  • Jean Luc NANCY : Philosophe avec René MAJOR comme interlocuteur

« De la croyance » Jacqueline ROUSSEAU DUJARDIN : exerçant la psychanalyse à Paris : « La Gläubige Erwartung freudienne un aspect de la conquête psychanalytique… »

  • Jacques NASSIF : ancien membre de l’École freudienne de Paris, exerçant la psychanalyse à Paris et à Barcelone

« L’attente, l’oubli … de la voix »

  • Alain PAULAY : Médecin Psychiatre, exerçant la psychanalyse à Tours,

« du sujet tel qu’il apparaît dans l’énonciation des croyances »

  • German ARCE ROSS : exerçant la psychanalyse à Paris

« Du deuil anticipé au désir incarné »


Les actes des Journées de Tours 2006 ainsi que le DVD sont disponibles (voir la rubrique publications).

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