La Société Psychanalytique de Tours

La Société Psychanalytique de Tours est une association loi 1901. Elle s’inscrit dans le prolongement de l’œuvre de Freud et souhaite promouvoir l’exercice de la psychanalyse en tant que discipline indépendante de la médecine et des diverses formes de psychothérapies. Elle se dotera, à court et moyen termes, des outils de formation et de réflexion jugés indispensables à la connaissance de la psyché. Cette association a pour but de préserver l’indépendance et l’autonomie de l’exercice de la psychanalyse face aux asservissements de tous ordres qui menacent actuellement sa spécificité.

Concourir à la formation et à la réflexion de ceux qui pratiquent déjà la psychanalyse indépendamment de leur appartenance à une école ou à une institution psychanalytique déjà existante. Elle s’adresse aussi à ceux qui désireraient acquérir les connaissances et la culture indispensables à l’exercice de cet art. Ses actions peuvent concerner un public plus large qui, s’intéressant aux manifestations de l’inconscient, pousserait la curiosité jusqu’à suivre les sessions de formation proposées par la Société. La visée de La Société Psychanalytique de Tours est donc éminemment culturelle par la promotion et les exigences qu’elle définit pour la pratique de la psychanalyse. Elle tendra donc à rendre accessible la cure psychanalytique au plus grand nombre en inscrivant ses actions en résistance à l’oppression sociale et politique souvent relayée par les institutions soignantes existantes.




Adieu à Jacqueline Rousseau Dujardin

 

Institut des Hautes Études en Psychanalyse  

 

 

La lettre

 

 Paris,  dimanche 13  janvier 2019

 

A Jacqueline Rousseau-Dujardin

crédit photo : Sophie Daoud Périac, Journées de Tours 2005

 

 

La veilleuse

 

Quelques mots en guise d’hommage immédiat à cette grande dame de la psychanalyse, Jacqueline Rousseau-Dujardin, qui nous a discrètement quittés, à peine franchi le seuil de la nouvelle année.

 

Elle fut une fidèle amie dans tous les combats menés pour les affranchissements en tous genres auxquels nous destine la psychanalyse. Et d’abord en ce qui concerne les institutions dont elle se rendit vite indépendante. Elle prit une part active à Confrontation, cette initiative des années 1970-1980 qui traversait les écoles existantes et associait à sa réflexion analytique les philosophes, linguistes, sociologues et anthropologues contemporains. Elle anima un séminaire en ce lieu ouvert et contribua à plusieurs reprises à la revue Les Cahiers Confrontation. J’eus le plaisir d’accueillir dans la collection « Écrit sur parole » chez Aubier son deuxième livre, Tu as changé, qui succédait à Couché par écrit, paru aux éditions Galilée.

 

Plusieurs ouvrages suivirent, de sa plume alerte et vive, jusqu’à ceux des dernières années : Orror di femmina (2006), Aimer, mais comment (2014) et Sur le tard (2015). Mais elle dirigea elle-même une collection chez Denoël, « Freud et son temps », dans laquelle elle fit connaître, entre autres, les ouvrages de Theodor Reik, Le Rituel, Le Psychologue surpris et, de l’époque de Freud, un texte inconnu jusqu’alors qui allait faire polémique, le Journal d’une petite fille, traduit de l’allemand par Clara Malraux.

 

Elle prit aussi part à la vie de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, à ses colloques, et participa activement à la préparation des Etats Généraux de la Psychanalyse en l'an 2000. Elle contribua aussi à de nombreux ouvrages collectifs, sur la musique, sur le langage et la psychanalyse (aux colloques de Cerisy), et aux Journées de Tours organisées par Francis Capron. Avec Nata Minor et le philosophe Jean-Michel Rey, elle veillait au maintien d’un groupe de réflexion sur la pensée contemporaine. En décembre 2013, elle me fit l’immense plaisir de venir à l’École normale supérieure s’entretenir avec moi à l’occasion du 10e anniversaire de l’Institut des Hautes Études en Psychanalyse.

 

Pour évoquer l’un des nombreux souvenirs personnels, je me rappelle que nous étions allés avec Maria Torok la voir en Bourgogne. Je cherchais la maison où elle habitait. En m’approchant de l’une des habitations du lieu-dit, j’entendis sa voix. Elle chantait, accompagnée au piano par son compagnon Jacques Trilling, également psychanalyste. Dans les années 1960, nous nous retrouvions souvent avec eux au séminaire de Conrad Stein.

 

Jacques nous quitta prématurément en 1995, laissant un écrit important, James Joyce et l’écriture matricide. Jacqueline eut le souci de faire paraître le livre en 2001, aux éditions Circé, précédé d’un texte de Jacques Derrida, La Veilleuse.

 

« La veilleuse », ce pourrait être un autre nom de cette grande dame qui ne cessait de veiller à l’indépendance, à la rigueur et à l’élégance de ses nombreuses contributions et à être des plus vigilantes en tout ce que lui aura réservé la vie qu’elle aimait.

 

René Major

 

 

 

 

Une grande dame

 

Jacqueline Rousseau-Dujardin était une grande dame ; en tous les sens du terme. Durant nos échanges et notre collaboration lors de la préparation des États généraux de la Psychanalyse, j’étais, à chaque fois qu’elle entrait dans une pièce, impressionné par sa longue et fine silhouette qui exprimait une élégance décalée, celle d’un autre temps, d’un temps où la pensée et la rigueur de la pratique psychanalytique allaient de pair.

 

Freudienne jusqu’aux moelles, elle parlait de Freud comme si elle l’avait connu personnellement, comme si elle faisait partie de sa famille, comme si elle connaissait la langue freudienne de l’intérieur, mieux que quiconque, au point de collectionner comme lui les mêmes statuettes antiques.

 

Amie de Roland Barthes, elle aimait la littérature et les arts, et souvent ses exposés et ses écrits y faisaient référence, jamais de manière savante, mais par petites touches colorées comme un peintre de talent sait le faire. La force de ses propos contrastait avec sa voix tremblante, presque incertaine mais jamais à bout de souffle, et l’ensemble ainsi composé donnait à Jacqueline une présence hors du commun – que ceux qui l’ont connue n’oublieront pas de sitôt.

 

Oui, Jacqueline Rousseau-Dujardin était une grande dame de la psychanalyse dont elle défendait la spécificité sans concession, prête à la rendre clandestine pour en sauvegarder l’essentiel.

 

Comme l’a dit Jacques Derrida, la mort est à chaque fois la fin du monde ou, pour le moins, la fin d’un monde. Il est incontestable que celle de Jacqueline Rousseau-Dujardin emporte avec elle le monde d’une certaine élégance de la pensée, à l’œuvre dans le courage d’un exercice au quotidien de la psychanalyse.

 

Francis Capron

 

bibliographie

Couché par écrit, de la situation psychanalytique, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Galilée, 1981

 

L' Excursion, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Aubier, 1984

 

L'Amour et les femmes, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Luce Irigaray, Jacqueline Aubenas, Les Cahiers du GRIF, Ed. Complexe, 1992

 

Tu as changé, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Aubier, 1992

 

Ce qui vient à l'esprit, en situation psychanalytique, Jacqueline Rousseau-Dujardin, L'Harmattan, 1993

 

Musique et différence des sexes, Françoise Escal et Jacqueline Rousseau-Dujardin, L'Harmattan, 2000

 

Pluriel intérieur, variations sur le roman familial, Jacqueline Rousseau-Dujardin, L'Harmattan, 2005

 

L'imparfait du subjectif, Jacqueline Rousseau-Dujardin, L'Harmattan, 2005

 

Orro di femmina : La peur qu'inspirent les femmes, Intempestives, PUV, 2006

 

Aimer, mais comment ? Jacqueline Rousseau-Dujardin, Odile Jacob, 2014

 

La Guerre en performance, Jacqueline Rousseau-Dujardin, 2014

https://www.youtube.com/watch?v=WSR5Wwo7r8E

 

Sur le tard, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Odile Jacob, 2015

 

 

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PROGRAMME 2018 - 2019

 

SÉMINAIRE Derrida, l’ami de la psychanalyse.

 

Face à la lettre de déférence que Ferenczi adresse à Freud contre Jung1 , Jacques Derrida réclame le plus grand sérieux, malgré - ajoute-t-il - : « …l’éclat de rire terminable interminable dont elle nous secouera jusqu’à la fin, tant que nous nous dirons, à lire une telle lettre que vraiment si quelque chose n’est pas arrivé à la psychanalyse, c’est bien la psychanalyse, et que sans doute elle ne lui arrivera jamais, surtout pas dans la chaîne des générations de ses pères fondateurs […].»

 

Cette virulence de Derrida à l’adresse de la psychanalyse, est , il ne faut pas en douter, celle d’un ami, d’un ami fidèle parce qu’exigeant et vigilant, capable aussi d’éclater de rire face à une fidélité obséquieuse.

 

Si Jacques Derrida propose, dans le sillage de Bataille, d’éclater de rire, il le proposait déjà à l’adresse de la philosophie (du hegelianisme), et cela pour appeler à une forme de réveil2. Sèchement, sans niaiserie triomphante, expérience rare, discrète, légère, loin de la place publique, le rire doit œuvrer afin de porter les trahisons et les détachements nécessaires à toute pensée sérieuse, à toute amitié responsable, à tout lien systématique entre amitié et fraternité. Car « si l’on veut un ami, il faut aussi pour lui partir en guerre et pour partir en guerre, il faut en être capable, il faut être capable du ‘’meilleur ennemi’’3. »

 

Il s’agira alors d’interroger ce qu’a à soutenir coûte que coûte l’ami. Une question insiste notamment : au fondement des institutions analytiques n’est-il pas temps de venir discuter le mythe des illusions fraternelles là où l’archonte enfermerait, afin de ne plus le partager, l’insu du « savoir analytique » porté par « le discours du maître » ?

N’est-ce pas dans cette question très spécifique que pourrait se penser un au-delà de la cruauté, un au-delà ne se revendiquant plus de la fraternité, mais qui consisterait à s’engager dans d’autres voies pour envisager le politique autrement, sans alibi ?

 

1 - Sigmud Freud/ Sandor Ferenczi, correspondance, Tome 1, Calmann-Lévy, 1992, lettre du 26 décembre 1912,. p470/473.

2 - Jacques Derrida , L’écriture et la différence, L’économie générale, Edition du Seuil, 1967, p 370.

3 - Jacques Derrida, Politiques de l’amitié, Paris Galilée, p 313.

 

Francis CAPRON.

 

Ce séminaire est ouvert au public.

Inscription : Francis Capron, 02 47 66 90 73.

Participation de 5 euros à chaque séance du séminaire.

 

Ce séminaire sera donné à ESPACE ANALYTIQUE à Paris et à la Société Psychanalytique de Tours, à Tours.

 

Calendrier Paris :

Lundi 7 Janvier 2019

Lundi 25 Mars 2019

Lundi 17 Juin 2019

Lieu : ESPACE ANALYTIQUE, 12 rue de Bourgogne, 75007 Paris, de 20h30 à 23h.

 

Calendrier Tours :

Vendredi 11 Janvier 2019

Vendredi 22 Mars 2019

Vendredi 14 Juin 2019

Lieu : 2 rue Paul-Louis Courier (à l'angle de la rue des Tanneurs) à Tours, de 20h30 à 23h.